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La grande librairie


diffusion le mercredi 15 janvier 2020 à 20h50 sur France 5

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–  F.Busnel: "Les écrivains ne gagnent pas toujours à être connus. On a tort de penser qu'ils sont comme tout le monde. Ils sont bien pires. Ce sont des vampires." C'est ce que vous écrivez.
– V.Springora: Je ne le pense pas de tous les écrivains.
Cette phrase est un peu sortie de son contexte. C'est ce que j'ai ressenti à ce moment-là. C'est ce qui m'a détournée dé la littérature et du monde de l'édition pendant des années. J'avais ce sentiment que les écrivains étaient des vampires, qu'ils utilisaient le sang de leurs victimes pour en faire de l'encre pour leur livre.
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– François Busnel : Dans quelles circonstances trouvez-vous la force de le quitter? C'est un long processus.
– V.Springora: Ily a d'abord eu la découverte de ses livres, et notamment un des passages les plus révoltants, concernant le statut des enfants à Manille. Ça a été rédhibitoire, pour moi. Découvrir les âges des enfants qui étaient évoqués, 10, 12 ans... Il y avait une cruauté effroyable.
Ces passages sont monstrueux. Ça a été une aide, de découvrir qu'il y avait quelque chose dans notre relation qui était forcément toxique pour moi. Je faisais partie de cette même entreprise littéraire et il allait m'utiliser. J'allais participer à la propagande de ses livres. Ça a été une prise de conscience progressive. C'est ce qui m'a aidée à le quitter. Et puis ily a eu la rencontre d'un jeune homme que je fréquentais Il m'a aidée à m'arracher à l'emprise de Gabriel Matzneff.
– François Busnel : Vous êtes nommée dans ses livres et ses journaux depuis 1986 ou presque sous les initiales Ce n'est plus votre prénom. Et quoi que vous fassiez, ça se retournera contre vous, car c'est lui qui a le pouvoir du stylo et des mots.
– V.Springora: Exactement. C'est un double prédateur.
Le livre, c'est l'histoire d'une double dépossession. C'est quelqu'un qui m'a volé une partie de ma jeunesse. J'en ai porté les stigmates pendant des années. C'est aussi quelqu'un qui a utilisé mon histoire et mon identité dans ses livres, pas seulement dans son journal. Il a aussi publié ma lettre de rupture, et un certain nombre de réflexions très désagréables, dans la presse.
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