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Urgences psychiatriques de Lyon : voyage au coeur de la folie

Enquête exclusive


diffusion le lundi 13 janvier 2020 à 0h25 sur M6

– Ils pourraient prendre le matelas, l'éventrer et s'en servir pour se pendre. Ils pourraient tout simplement, auprès de la fenêtre, arracher les gonds et s'en servir pour se trancher les veines. Ici, j'ai une patiente qui s'est étranglée, du coup, et qui a réussi.
– Ce jour-là, heureusement, Jérôme est arrivé à temps. La chambre est prête. Avec ses collègues, l'infirmier peut faire entrer son patient.
– Mais dans cette pièce inadaptée et dangereuse, Jérôme a l'impression de le maltraiter. Une situation qu'il a de plus en plus de mal à supporter.
– Je trouve que c'est pas humain, ce que je fais, sur beaucoup de points. Pourtant, j'essaie de faire au mieux. Littéralement, je me défonce pour mon taf. J'aime bien ce que je fais, mais moi, j'accepterais pas d'être hospitalisé comme ça. Si j'étais en souffrance, j'aimerais pas qu'on fasse ce que je fais aujourd'hui.
– Aux heures de forte affluence, c'est le système D qui prime. Ce soir, d'ailleurs, dans les couloirs, l'équipe a dû installer un lit d'appoint pour un patient plus calme. Mais quand on souffre d'angoisse et d'insomnie, difficile de fermer l'oeil dans ces conditions.
– Des patients qui dorment pas, c'est un symptôme. Mais aujourd'hui, s'ils dorment pas, c'est peut-être pas un symptôme, c'est à cause du service.
– Pas le temps de s'attendrir. Examens, entretiens, transferts de patients... Jérôme a du pain sur la planche. Il continue à un rythme effréné jusqu'au petit matin.
– La nuit a été longue ?
– Oui. Là, j'envie de dormir. il termine sa garde avec un mélange de joie et d'amertume, car il a pris une décision radicale : après deux ans passés aux urgences, Jérôme a donné sa démission.
– Les urgences psychiatriques, c'est pas anodin comme service. C'est difficile d'en faire toute une carrière etje pense qu'ily a un moment où il faut savoir dire stop, avant de s'épuiser physiquement et moralement.
– L'infirmier quitte son établissement le coeur serré, mais heureux de tourner la page. En France, dans la psychiatrie publique, 800 postes seraient aujourd'hui vacants. Ce mal-être, Jérôme n'est pas le seul à le ressentir. Dans tout le pays, les mouvements de grève se multiplient, avec toujours la même revendication : plus de moyens pour travailler dans de bonnes conditions. (musique douce) Il faut dire que, depuis 50 ans, la psychiatrie vit une petite révolution. La plupart des établissements ont fermé des lits avec un mot d'ordre : sortir les malades de l'hôpital pour les soigner à l'extérieur, chez eux, ou dans des structures ouvertes. Mais aujourd'hui, par manque de moyens, certains malades se retrouvent avec un pied en dehors du système de soins. A l'hôpital Edouard-Herriot, Juliette, l'infirmière, le constate tous les jours.
– Je passe par là ? vous passez par là et puis j'arrive.
– Ce soir, elle s'occupe d'un patient qu'elle connaît bien