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Moi, Juan Carlos, roi d'Espagne


diffusion le vendredi 14 juin 2019 à 0h35 sur France 3

– Un jour, il m'a dit: "Je veux faire de vous mon héritier avec le titre de roi. "Vous acceptez ?" C'est tout.
– Quand j'ai eu la sensation que j'allais être roi ? Ça n'est ni quand j'avais 10 ans, ni 15, ni 18. C'est quand Franco m'a désigné comme son héritier. Là, je me suis dit: "Ça devient sérieux."
– Juan Carlos est enfin fixé sur les intentions de son protecteur. Un jour, il succédera au dictateur. D'abord, il lui fautjurer fidélité aux principes du régime, lier par un serment solennel les Bourbons d'Espagne au franquisme.
– Non, ça n'était pas facile. Si je n'avais pas accepté la proposition de devenir l'héritier du trône, comment croyez-vous que j'aurais pu faire ce que j'ai fait ? Avec les Espagnols, avec les hommes politiques, avec tout le monde, le changement qu'on a fait, on n'aurait jamais pu le faire.
– A 31 ans, Juan Carlos sort brusquement de l'ombre, mais pour apparaître du même coup comme un pilier du régime.
– On savait que c'était l'héritier désigné par le dictateur, par le tyran. Donc, on pensait qu'il voulait continuer l'oeuvre de Franco. De plus, nous, l'opposition clandestine démocratique, on croyait qu'il n'avait pas de grandes capacités intellectuelles. On faisait pas mal de blagues sur le fait qu'il était idiot. Après, on a été surpris parce que d'idiot, il n'avait rien du tout.
– Pour Juan Carlos, le statut d'héritier a encore bien peu de consistance. Il n'a aucun pouvoir. En outre, cette nomination a des conséquences douloureuses : son père ne lui pardonne ni de l'avoir doublé, ni d'avoir associé la Couronne au franquisme. L'unité dynastique est brisée. Pour la 1re fois entre le père et le fils, le dialogue est rompu.
– Ce tableau, là, c'est Franco lui-même qui l'a fait installer. Avant, il était au palais royal. Il a dit: "Le tableau d'Alphonse XIII, on le met "dans le bureau du prince." Et je l'ai toujours gardé là, dans mon bureau.
– En faisant accrocher au mur le portrait du grand-père, Franco ne se contente pas d'évincer don Juan. Alphonse XIII est le dernier roi d'Espagne à avoir régné, mais il est aussi celui qui avait scellé, en son temps, une alliance entre la monarchie et la dictature de Primo de Rivera.