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Pédale !


diffusion le mercredi 15 mai 2019 à 0h40 sur France 2

– A 9 ans, je suis encore semblable aux autres. Mais plus vraiment pareil. Je suis devenu différent et je ne comprends ni comment ni pourquoi. Je ne me reconnais plus dans les miroirs, mon reflet est devenu invisible. Moi sans moi. Toutes les années qui ont suivi, j'ai cherché à retrouver mon visage dans celui des autres, de tous les autres, mais en baissant les yeux. 1975. J'ai 10 ans. Je vais volontiers aux anniversaires des autres enfants, mais je refuse qu'on fête le mien. Je redoute que la rumeur ne se propage, que mes parents apprennent que je suis une pédale. Pas un bon à rien, mais un moins-que-rien. Un sous-homme. C'est comme ça qu'on montrait du doigt, dans la rue, les tapettes, les tarlouzes, les petites fiottes, les pédales, les homosexuels. J'ai dû ruser pour connaître l'existence de ces mots qui me désignaient. La génération de mes parents ne parlait pas de sexe. A la maison, la pudeur était de règle. Oh ! I love you.
– Ma famille tolérait les baisers des films hollywoodiens, mais uniquement parce qu'ils étaient suivis du mot "fin". Le voile pudique des génériques permettait de ne pas s'interroger. La sexualité a pénétré chez nous grâce à la télévision. 1975. Les femmes défilent partout en France pour que le gouvernement légalise l'avortement. C'est alors que je découvre, stupéfait, que le sexe des filles n'est pas une bite, mais un vagin.
– NOTRE VAGIN NE SERA PLUS VOTRE CAPITAL !
– Grâce au débat que la loi Veil suscite, je comprends comment on fabrique les enfants. Ma peur, cette boule au ventre, est devenue mon second nombril, mon amour invisible, mon embryon. J'ai longtemps cru que c'était l'insulte, le diktat du regard des autres qui m'avait décrété homosexuel. Aujourd'hui, je refuse d'avorter la pédale qui est en moi. C'est décidé. Je la garde. En fait, sans le savoir, je suis dans l'air du temps. A Paris, les homos se libèrent en catimini, mais plus tout à fait en cachette. Leur révolution sexuelle est bien trop jeune pour moi. Peut-être trop lointaine. Car de l'autre côté du tout nouveau périphérique parisien, les bonnes gens de ma ville de Sceaux se moquent de ces foutaises.