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Pédale !


diffusion le mercredi 15 mai 2019 à 0h40 sur France 2

– Désormais en confiance, je fais mon coming out. Auprès de quelques potes, mais pas auprès de ma famille. Je m'en étais fait toute une histoire. En réalité, c'est très simple. Il suffitjuste de le dire. Pas d'avouer. La plupart de mes copains s'en moquent. Pour eux, que je sois pédé ne change rien. D'autres s'en vont, mais aucun ne m'insulte. Du moins en face. Et ça, c'est une victoire. Piano. Tout va bien dans le meilleur des mondes, alors forcément, je commence à aller mal. J'éprouve comme une lassitude. Les visages changent, mais les corps restent les mêmes. Ce sont toujours les mêmes rituels. De la drague, de la rencontre. La même rhétorique du sexe. Et puis surtout, voilà 5 ans déjà que nous subissons l'occupation du sida. Nous résistons, mais l'attente sans fin des beaux lendemains qui chantent me fatigue. Est-ce parce qu'ils ont senti ma peine, mon abattement, que les 3 mecs m'ont agressé en lâches ? Ils hurlent qu'ils ne veulent pas seulement casser du pédé.undefined
C'est l'homosexualité toute entière qu'ils veulent éradiquer de la surface de la Terre. Ils sont persuadés d'être dans leur bon droit. Leur religion les rassure. Leur haine les encourage. Ils me crachent au visage toutes les insultes auxquelles j'avais cherché à échapper depuis mon enfance. "Pédale ! Pédé !Tarlouze ! Cul à bites ! Bite à merde ! "Tantouze !Salope ! Crève ! "Sale chienne !" Je me recroqueville comme un foetus. Je protège la pédale qui est en moi. Cela ne finira-t-il doncjamais ? Après mon agression, je disparais plusieurs jours. Je panse mes plaies. Tout entier à ma colère. Tout entier concentré sur ma haine. Je me répète en boucle : plus jamais. Plus jamais ça ! Mais comme la plupart des victimes, je ne porte pas plainte. Pendant 2 ans, j'essaie de revenir à la normale. En vain. Alors ma fatigue m'entraîne vers ce silence. Elle y aspire et je me laisse doucement aspirer. Je me glisse dans le silence. Je m'y efface. C'est une sensation d'apaisement, de légèreté de ne plus être rien. J'ai 22 ans et effectivement, le bip de la machine l'assure.