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Pédale !


diffusion le mercredi 15 mai 2019 à 0h40 sur France 2

– Les années sida furent pour moi surtout celles de la compassion et de la solidarité des hétéros envers les homos, à l'image de l'actrice Clémentine Célarié embrassant un séropositif.
– J'ai envie de faire un truc con. J'ai envie d'embrasser ce monsieur sur la bouche. Voilà.
– Est-ce que j'ose ?
– Il a de la chance.
– Ce baiser prouvait que la révolution sexuelle avait réussi à changer les états d'esprit.
– L'homosexualité, on commence à en parler. Ça rentre dans les moeurs.
– Ça ne me dérange pas.
– Ils sont libres de leur corps. dans leur vie.
– A l'inverse, l'homophobie était l'indice d'un totalitarisme de l'identique et d'un fascisme de la conformité. J'ai réussi mon bac. j'entre en classe préparatoire, à Louis-le-Grand. Il y a beaucoup de pédales comme moi, mais on ne couche surtout pas ensemble. Chacun a le souci de son importance et de sa différence aussi.undefined
Alors je baise avec un étudiant dragué au Louvre. Et pour le coup, c'est une vraie pédale. Il est tellement gay qu'il est encore puceau, comme moi. Ça me fait bizarre. Je ne couche pas avec un double ni un reflet. C'est plutôt une évidence et une connivence. Une équité plus qu'une égalité. On se comprend. On s'abandonne chacun à sa nature. Nos gestes sont maladroits, mais efficaces, toujours. Un homme connaît l'homme. Et le sexe entre nous me paraît plus naturel qu'avec une femme. Je baise capote en poche, plan sexe, plan love, plan hard, plan-plan. Mais en gardant toujours la tête froide. Je ne prends aucun risque. Chaque corps reste un danger. Nos caresses sont des auscultations. Chaque jouissance, un doute et une peur qui persistent. Je baise beaucoup pour honorer ceux qui sont morts, ne pas me laisser enfermer dans le placard du sida. Je baise à corps perdu, à perdre haleine, pour rattraper le temps perdu et avec en tête le compte à rebours fatidique. dans le milieu homo, passé 25 ans, tu cesses d'être jeune, c'est-à-dire désirable. Pas vraiment vieux, mais déjà un peu vintage. Alors puisque le temps presse, j'apprends à me déshabiller très vite et à me rhabiller plus vite encore.