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Ça commence aujourd'hui


diffusion le mercredi 17 avril 2019 à 13h55 sur France 2

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– J'ai démissionné après avoir fait une dépression.
– EBollaert: A cause de ça?
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– Oui. Ce qui m'a vraiment décidée, c'est que j'ai suivi une formation en soins palliatifs, que je me suis payée, car on ne me l'a pas payée. J'ai eu une fin de vie d'un monsieur très douloureuse et pendant le staff, je dis: "Donnez-lui un peu de morphine". Je vais être un peu grossière, excusez-moi, mais le directeur qui était présent m'a dit: "Ecoutez, vous nous emmerdez avec vos soins palliatifs. Les vieux, ça ne souffre pas". Le lendemain, j'ai démissionné. Il est toujours en activité, ce monsieur?
– Il a été muté.
– EBollaert: J'aimerais comprendre. Qu'est-ce qui fait qu'un jour... Vous me dites que vous avez eu des gestes que vous avez regretté, mais c'était par manque de temps, par manque de moyens, que c'était malgré vous. Parmi les personnes que vous avez pu observer, ce tirage d'oreille, ces gestes épouvantables qui sont vraiment de la maltraitance pure, à défaut du manque de moyens, qu'est-ce qui fait qu'à un moment, quelqu'un bascule là-dedans? J'imagine que pour vous, c'était une vocation de s'occuper de personnes âgées. J'ai compris qu'il y avait un vrai respect des anciens. Qu'est-ce qui fait qu'à un moment, on vrille de l'autre côté?
– J'étais frappé de voir qu'il y a parmi les soignants des personnes qui sont en difficulté personnelle.
Il y a beaucoup de femmes, 90% de femmes, il faut rendre hommage aux femmes. Et dans ses femmes, j'ai vu beaucoup de détresse sociale, des femmes seules, qui cumulent des emplois, des femmes et qui travaillent aussi le jour. Elles cumulent les emplois parce qu'elles ont plusieurs enfants à élever. Ce qui est très intéressant, on le voit dans votre émotion, c'est qu'il ne faut jamais oublier qu'un personnel maltraité ne peut pas être bientraitant. Et les soignants, quand ils sont les témoins de maltraitance ou quand le soir, ils réfléchissent à ce qu'ils ont fait en excès de vitesse, ou parce qu'ils devaient faire plus de toilettes que prévu, commencent à déprimer, à être maltraités eux-mêmes, parce qu'ils ne pensent pas à ce qu'ils font.
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