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C l'hebdo


diffusion le dimanche 14 avril 2019 à 12h35 sur France 5

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– Chacune représente une catégorie de Français, à part les unes des autres. C'est un miroir que vous nous tendez. Notre reflet est quand même vraiment flippant.
– Jérôme Fourquet : Je ne sais pas. On est sur quelque chose de parcellisé et d'éclaté. Ily a du commun, mais ily a beaucoup de lignes de fracture qui parcourent la société française. Elles ne sont pas toutes de même nature: économique, territoriale, générationnelle. Tout ça aboutit à un archipel.
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– Ali Baddou : Vous parlez de la "sécession des élites", de la façon dont les membres des classes supérieures se sont progressivement coupés du reste de la population. Mais ça a toujours existé? Les riches ont toujours été à part, ailleurs, au-dessus?
– Jérôme Fourquet : Il faut s'entendre sur ce qu'on met derrière le terme "élite". Il ne s'agit pas forcément de l'élite économique. De mon point de vue, c'est l'élite au niveau des diplômes.
Ily a une nouvelle segmentation de la population française qui a résulté de l'accès démocratisé à l'enseignement supérieur. Aujourd'hui, 15% à 20% de la population a un diplôme supérieur à bac+2. Cette élite-là s'est considérablement développée en termes de nombre d'individus. Quand elle se concentre dans les grandes métropoles, elle peut créer des espaces relativement vastes et peuplés. Elle peut également avoir plus facilement le sentiment de faire partie du reste de la société.
– Ali Baddou : Pourquoi ne parlez-vous pas de la lutte des classes? On a longtemps employé cette expression pour décrire des classes qui s'opposent.
– Jérôme Fourquet : Nous ne sommes pas dans une situation de guerre civile. Cette classe-là ne s'oppose pas forcément aux autres. Elle vit sa vie de son côté. Un certain nombre d'institutions, qui permettaient aux jeunes de ces milieux de se confronter et de se frotter à d'autres, ont disparu ou sont bien moins efficaces.
Le service militaire a disparu. 2/3 d'une classe d'âge masculine, quel que soit son niveau de diplôme, faisait l'armée. Il y avait des exemptions, tout le monde ne le faisait pas dans les mêmes conditions. On avait 4 millions d'enfants en colonie de vacances dans les années 60, ils sont 800 000 aujourd'hui.
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