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Islam


diffusion le dimanche 14 avril 2019 à 8h50 sur France 2

– Il y a tout un contexte qui va se développer sur fond d'anti-occidentalisme et à partir du moment où l'Arabie saoudite va se doter d'une manne financière grâce au pétrole, d'une université à Médine à partir des années 1960, c'est la remise en cause de la méthodologie traditionnelle d'extraction des lois, puisqu'un texte n'a pas de valeur en soi s'il n'est pas dans une chaîne interprétative. Et une dimension identitaire anti-occidentale, qui aujourd'hui devient un peu le vêtement d'un musulman qui se cherche et qui cherche un chemin vers le divin.
– Hocine Benkheira, que faire devant une tradition qui est détournée, manipulée, instrumentalisée ? Il y a des débats autour de ça ?
– Il faut rappeler qu'il y a beaucoup de savants musulmans qui défendent une conception de la Sunna qui n'est pas celle de la salafiya, par exemple, ou du moins, d'une partie de la salafiya. Je vous donnerai un exemple. Il y a un hadith très célèbre qui a donné lieu à beaucoup de débats, c'est le hadith sur l'amour.undefined
C'est intéressant à citer, le hadith dit : "Celui qui a été amoureux et qui a gardé "secret son amour, s'il meurt, il mourra en martyr." ce hadith qui apparaît au 9e siècle. Au 9e siècle, il est mis en circulation, il a été immédiatement stigmatisé comme faux, forgerie, par les experts de l'époque et des siècles suivants. Mais c'est un hadith qui convenait à certains milieux, notamment, les milieux soufis, donc ce hadith a été réhabilité par les soufis avec des instruments tout à fait traditionnels à partir du 15e, 16e siècle. Il y a un savant marocain, Al Ghomari, qui a écrit des choses à ce sujet-là, qui a vécu en Egypte et qui a défendu ce hadith comme étant authentique. Donc, voyez, il y a un usage qui est fait de la Sunna, qui n'est pas forcément celui de l'interprétation disons corporaliste, une interprétation corporaliste la réduction de la Sunna à des règles corporelles simples. Et vous avez un autre débat, à un autre niveau, mais c'est un débat qui est à mi-chemin... A mi-chemin entre la tradition et son contraire, c'est le débat de ce qu'on appelle aujourd'hui les coranistes.