logo Le moteur de recherche de la télé

Les chemins de Jeanne


diffusion le samedi 8 décembre 2018 à 1h05 sur France 2

– est devenue au contraire un ciment. Là où tout aurait pu exploser, on a dit: "Non. La famille aura toute sa place." On a fait équipe. Mes frères sont devenus mes auxiliaires de vie. Mes parents aussi. Et cette famille s'est renforcée.
– Tes frères, comment réagissent-ils ?
– On a eu vraiment les deux réactions... Pas opposées, mais presque. Le grand frère qui a toujours été un grand sportif, Valentin... Quand j'ai perdu la marche, il s'est mis dans la tête qu'il devait être irréprochable pour ne pas ennuyer mes parents. C'est ce qu'il a fait. D'élève moyen, il est devenu le premier de la classe, jusqu'à la terminale. Il voulait que mes parents ne s'inquiètent de rien pour lui. Et il a fait l'école du cirque, on avait droit à notre spectacle chaque soir. C'était magnifique. Il donnait, face à un corps qui était le mien et qui était voué à être de plus en plus réduit dans ses capacités, Et puis avec toutes les rétractions, les déformations musculaires... Et donc un corps qui perdait aussi de sa grâce et de sa force. Face à ça, il nous exposait un spectacle, quelque chose de beau, quoi. *Piano classique. Applaudissements. Non seulement il le faisait avec force, parce qu'il fallait du tonus pour assurer ces spectacles, mais il le faisait avec une grâce et une beauté qui me rejoignaient dans ma sensibilité.
– Le petit frère ?
– Avec Paul-Henri, on a 3 ans d'écart. Donc, finalement, ça a été vraiment lui mon camarade de jeu durant mon enfance. On a dormi dans la même chambre pendant des années, en lits superposés. On était très proches, très complices. Et c'est lui qui a le plus assumé ce rôle d'auxiliaire de vie, quoi. Le fauteuil, Paulo.
– Mets le fauteuil de Jeanne, s'il te plaît. Attention à ton bras. Imitation d'aboiement. Paul-Henri, tu donnes la boîte ? Je vous laisse 5 mn, je vais préparer en bas.
– Je lui ai appris à marcher. Et c'est lui qui m'a réappris à me lever et qui m'a appris à faire cette vie en fauteuil. Il a toujours été là pour m'accompagner. Le pauvre, toute mon enfance je lui ai demandé de me ramasser ceci ou cela.